Origine roquemauroise du
Minuit Chrétiens
Parole de Placide Cappeau et musique d'Adolphe Adam

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L'auteur des paroles, Placide Cappeau (1808-1877)

Le compositeur, Adolphe Adam ( 1803-1856)

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Première version sur l'origine du "Minuit Chrétiens"

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Placide Cappeau, l’auteur des paroles du minuit chrétiens est né à Roquemaure le 25 octobre 1807. Son père était tonnelier, sa mère qualifiée de sans profession était en fait femme au foyer. Le canton de Roquemaure était essentiellement viticole, il produisait un très bon vin qui est connu de nos jours sous l’appellation de Côte du Rhône. En jouant avec une arme à feu avec un camarade alors qu’il avait tout juste une dizaine d’années, Placide perdra sa main droite. Amputé, il ne pourra pas reprendre le métier de son père. 

Avec deux sœurs à la maison, la famille se trouva dans le besoin. Le père du camarade qui l’avait mutilé, M. Brignon,  proposera  de lui payer des études pour dédommager la famille. Ainsi, cet accident va chambouler complètement son destin. Grâce à ce financement, auquel viendra se joindre un emprunt sur la dote de ses sœurs, il pourra suivre des études. 

Doué, il décrochera son diplôme de bachelier ès lettres, il montera à Paris et s’installera au Quartier Latin où il poursuivra ses études à la Faculté de Droit. Après cela il fut attiré un temps par la culture et les lettres, mais par dévouement, ses parents vieillissants il se résignera à revenir dans son village natal où il excellera en affaires en devenant négociant en vin. Associé à un certain Clerc,il construira des entrepôts sur le port de Roquemaure. 

Ces derniers vont bruler. En procès avec l’assurance, il le gagne. Ce sinistre « bien assuré » et bien défendu grâce à ses connaissances en droit, lui permettra de repartir d’un bon pied.

Il se lance alors, dans le commerce avec la capitale, pour cela, il doit s’y rendre régulièrement en diligence, seul moyen de transport à l’époque. C’est au cours d’un de ses voyages qu’il rencontrera sa future femme, Marie Antoinette Lousteau à peine âgée de 29 ans alors que lui en avait quarante biens sonnés. 

C’est l’année de leur mariage le 5 avril 1847 qu’il écrira son fameux chant de Noël.

Genèse de la création du minuit Chrétiens

À cette époque le pont suspendu de Roquemaure était en construction. L’ingénieur du chantier, M. Laurey (1) et son épouse se lièrent d’amitié avec Placide Cappeau. L'épouse de l'ingénieur Émilie, ancienne artiste lyrique, connaissait le compositeur Adolphe Adam, elle avait eu l'occasion de participer à ses œuvres. Dotée d’une très belle voix elle chantait dans des réceptions données dans la petite communauté de Roquemaure, ainsi qu’aux offices religieux de la paroisse.

L’abbé Eugène Nicolas curé du village et ami de Placide, malgré le désintérêt affiché de ce dernier pour la religion, connaissant ses talents pour l’écriture, lui demanda d’écrire les strophes d’un Noël qu’il pourrait proposer au compositeur Adolphe Adam lors de son prochain déplacement. Placide promet qu’il mettra tout son savoir pour l’écrire et toute sa persuasion envers Adolphe Adam, pour qu’il y joigne une musique.

Peut après, le 3 décembre 1847, dans la diligence en route vers Paris entre Mâcon et Dijon, le voyage devenant à la force ennuyeux et monotone et désirant tenir la promesse faite à son ami le curé, il écrivit d’un seul jet un premier texte. Pour tenir pleinement sa promesse, à son arrivée, il se rendit chez le compositeur et lui remit son manuscrit.

Adam opposa quelques petites réticences vu les délais très courts, mais Placide fit valoir leur connaissance commune, Mme Laurey, le compositeur accepta. Peu après cette rencontre, Placide repassa au domicile du compositeur. Ce dernier inspiré par les paroles et désireux de faire plaisir à la chanteuse, Mme Laurey, qui lui avait laissé d’excellents souvenirs, avait composé les merveilleuses notes qui feront le tour de la planète.

À la demande du compositeur, Placide reprendra quelques éléments de son texte, car il ne rimait pas complètement avec la musique. Le document sera envoyé immédiatement par la poste à destination du Curé Nicolas. À la demande du compositeur, l'original sera annoté « Composé et mis en musique expressément pour Madame Émilie Laurey. »

C’est dans la nuit du 24 décembre suivant, dans la petite église de Roquemaure bondée, que Mme Laurey toute de blanc vêtue chantera en public pour la première fois l’hymne de Noël, accompagnée à l’orgue par son amie Mme Blairat.

Appelée plus tard par Adam « La Marseillaise religieuse » elle passa à la postérité et sera connue de tous sous le nom du « Minuit Chrétiens ».

(1) Précision, l'ingénieur qui a conçu le pont est Marc Seguin.


G.M. Nîmes, 2011      

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               Orgue de la collégiale de Roquemaure. (1690), restaurée par l'atelier Pascal Quoirin en 1987.

N.D.L.R. sur cette première version de l'Origine du Minuit Chrétien.

L’Abbé René Durieu, membre de l’Académie de Vaucluse a été pendant 16 ans le curé de Roquemaure. Il a écrit un livre sur l'origine du minuit chrétiens, finalisé en 1984, il est le fruit de longues recherches sur la vie de Placide Cappeau.

Sa documentation donne une idée du sérieux de cette version, de loin la plus crédible : Archives de la paroisse de Roquemaure, nombreuses archives privées, muséum Mistral à Maillanne Palais du Roure en Avignon, mairie de Roquemaure, bibliothèque de Bagnols, musée Calvet en Avignon, texte de la conférence de L. Cappeau à Monaco, etc…

Réécrite entièrement, la première version donnée ci-dessus est largement inspirée des conclusions de l’Abbé Durieu. Elle ne donne toutefois qu’un petit aperçu de la foule de renseignements qui figurent dans le texte original :

Ref du livre : Abbé René Durieu – L’auteur du Minuit Chrétiens – Placide Cappeau – Éditions Lacour 1997 Nîmes. Préface de L. Duvent.  

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  Photo 1900 du pont suspendu de Roquemaure, construit en 1847, l'ingénieur Pierre Laurey  participa à sa construction.

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Le Minuit Chrétiens

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Minuit, Chrétiens, c'est l'heure solennelle 
Où l'Homme Dieu descendit jusqu'à nous
Pour effacer la faute originelle 
Et de son Père apaiser le courroux.
Le monde entier tressaille d'espérance 
En cette nuit qui lui donne un Sauveur.

Refrain :

Peuple à genoux ! 
Attends ta délivrance !  
Noël, Noël, voici le Rédempteur.
Noël, Noël, voici le Rédempteur.
 

De notre foi que la lumière ardente
Nous guide tous au berceau de l'enfant,
Comme autrefois, une étoile brillante
Y conduisit les trois chefs d'Orient,
Le Roi des rois né dans la dépendance
En lui confond toute humaine grandeur

Enfin Jésus a brisé toute entrave;
La terre est libre et le ciel est ouvert.
Il voit un frère où n'était qu'un esclave
L'amour unit ceux qu'enchaînait le fer.
Oh ! Qui dira notre reconnaissance
A ce Jésus, notre aimable Sauveur ?

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> Partition Minuit Chrétiens, version domaine public
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Deuxième version sur l'origine du "Minuit Chrétiens"

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Le Cantique de Noël d'Adolphe Adam
par M. Antoine Chansroux
correspondant à l’Académie de Nîmes
extrait des Mémoires de l’Académie de Nîmes, 1895, pages 31 à 35.
 
L'approche de Noël ravive dans mon esprit le souvenir d'un poète, plus ignoré encore qu'oublié, et dont le nom mériterait, même pour une seule de ses nombreuses productions littéraires, jalousement conservées en manuscrits par sa famille, de vivre dans la mémoire des hommes. Je veux parler de M. Cappeau, de Roquemaure.
Si la glorieuse cité des Antonins s'enorgueillit à juste titre de son poète-boulanger, Jean Reboul, dont l'Ange et l'Enfant commença la renommée ; Bellegarde, de Batisto Bonnet, le pacan-écrivain ; Maillane, de Frédéric Mistral, le chantre inspiré de Mireille ; la charmante ville de Roquemaure, déjà fière du souvenir laissé chez elle, dit la légende, par l'héroïque Carthaginois (1), et de son voisinage avec le Rhône, dont les flots impétueux battent le rocher célèbre d'où son nom semble lui venir, peut tirer vanité d'avoir donné le jour à celui que je viens de signaler, à l'auteur des paroles du Noël universellement connu et admiré : Minuit, Chrétien...

(1)
Lou pas d'Annibal, échancrure taillée dans le roc au nord de cette ville, pour livrer passage à l'armée du célèbre héros.

 
Voici dans quelles curieuses circonstances, assurément inconnues du public, fut composé ce petit chef-d’œuvre. Possesseur d'un magnifique vignoble, dont les produits, comme tous ceux des belles côtes de notre Fleuve, tels que les Châteauneuf, les Tavel, les Saint-Gilles, sont fort réputés, Hermann, généreux fidèle des lettres et des arts, vivait là, avec les siens. Chez eux, ou dans la même maison qu'eux, se trouvait, à. l'époque où nous reportent ces souvenirs, Mme Emily Laurey, excellente musicienne et cantatrice distinguée, qui avait été, parait-il, élève du fécond et aimable compositeur Adolphe Adam.
Il faut avoir vécu dans cette délicieuse oasis, sur ces rives du plus beau des fleuves du monde civilisé, où la langue divine de l'Homère et du Virgile provençal chante peut-être plus harmonieusement que n'importe en quel autre heureux coin de la Provence et du Languedoc oriental, soeur et frère de l'Hellade, pour juger, même approximativement, combien le culte du Beau s'y trouve ou s'y trouvait alors en honneur. J'y ai passé, au milieu d'un cercle d'amis, musiciens, peintres, poètes, quelques-unes de ces années heureuses dont notre brève existence est trop rarement émaillée ; et ce fut les larmes aux yeux, le cœur plein de regrets, que je dus quitter ce pays, me séparer de cette société, emporté par le vent irrésistible de l'inexorable Destinée, à laquelle il faut s'abandonner en luttant.
Que de charmantes soirées passées dans ces réunions intimes, dont on perd malheureusement de plus en plus l'accoutumance, durant lesquelles la causerie, cet art de bien dire des choses sainement et spirituellement pensées, permet au génie de notre belle race gréco-latine de se mouvoir à l'aise et de se montrer brillant ! C'est à elles, m'a-t-on raconté plusieurs fois, que le monde chrétien et musical doit la naissance de cette double inspiration, géniale en son genre, qui s'est popularisée sous le titre de Noël d’Adam.
En l'année 1843, et le 3 décembre, à l'approche des belles fêtes de La Nativité, aussi religieusement que joyeusement célébrées dans la patrie d'où Gai-Sabé et des Ciga­liers-félibres, il y avait réunion chez M. Hermann. Or, ce soir, la maîtresse de maison, la reine de ce logis, transformé en un sanctuaire de l'Art, pria, avec sa grâce, plus enchanteresse encore que d'ordinaire, l'humble poète, qui était un des ornements les plus distingués de son salon, et qu'a daigné honorer l'amitié de notre incomparable Lamartine, de lui composer quelques strophes à l'occasion de la solennité prochaine, cette date mémorable entre toutes dans les fastes de l'Humanité. Mme Emily Laurey les enverrait à son excellent professeur, que l'élégante et spirituelle partition du Chalet avait, depuis 1831, poussé aux premiers rangs des maîtres de l'école française, et prierait Adolphe Adam de les mettre en musique.
Comment résister à pareil désir et à tentation semblable ? On se dit bonsoir sur cette flatteuse requête ; et l'au revoir du poète soudainement inspiré était déjà une promesse presque réalisée.
Dès le lendemain de cette soirée, les strophes qui allaient bientôt devenir célèbres furent écrites. M. Cappeau les avait composées d'inspiration subite dans sa voiture, en retournant à son ravissant petit château de Maillac. Il ne se doutait assurément pas, le modeste, tandis que fiévreusement il crayonnait ; de l'heureuse destinée qui atten­dait son ocuvre et que jamais il n'aurait osé espérer aussi glorieuse.
Ce fut avec plus de timidité que d'orgueil que, le soir même, il lut ses vers à ses bons amis, auprès de qui ils obtinrent un grand et légitime succès. Immédiatement mise sous pli, la poésie partit sans retard pour la capitale, à l'adresse du compositeur; et, quelques jours après, le 25 décembre 1843, à minuit, heure où le Verbe fait Chair délivra l'Homme, en la cité, où Charles d'Anjou avait goûté les charmes du repos, et où le Pape Clément VI avait expiré dans la maison cardinalice, véritable bijou architectural, les voûtes de la paroisse, poétique église romane, retentirent de ce chant superbe, Minuit, Chrétien..., dans lequel I’archaïque beauté de l'inspiration musicale s'harmonise si bien avec celle de la poésie.
Les cœurs, enflammés d'une même foi, battirent à l'unisson ; et les âmes, réconfortées par ce cri d'espérance et d'amour, momentanément dépouillées de toute préoccupation terrestre, planèrent dans l'azur immaculé du ciel entrevu.
La cantatrice, Mme Emily Laurey, s'accompagnait elle-­même sur le triple clavier de l'orgue en prière. Poétique reflet de la douce et mélodieuse Sainte-Cécile, elle jetait ainsi, en même temps que ses supplications au Sauveur du monde, au vent de la renommée le nom du poète, joint à celui du musicien.
Me reportant par la pensée à des années fort lointaines, j'entends ce Cantique de Noël artistement chanté par ce cher disparu, mon bien-aimé père, de vieille race Arlésienne, dans l'immense nef de la superbe basilique de Saint-Gilles, l'antique Héraclée, dont il fut si longtemps l'organiste, ainsi que je le fus ensuite et voudrais l'être encore.
 
Beaucaire, 17 décembre 1895.
Antoine Chansroux. 

On raconte que M. Cappeau, sous un souffle rapidement passager de doute, avait, depuis, voulu, un jour, changer deux vers dans sa si fervente et chrétienne poésie. Ce léger nuage obscurcit peu et point longtemps son âme. La foi y reparut bientôt pour y briller encore et désormais pleine et entière. Ses pieuses strophes n'ont, de fait, jamais subi, je crois, aucune altération à l'impression. En tout cas, le texte primitif aurait promptement et définitivement reparu. Les origines, ci-dessus relatées par M. Chansroux, du fameux Noël : Minuit, Chrétiens, sont assez curieuses pour mériter d'être sommairement relatées sur les exemplaires imprimés de ce Cantique. On lit, en effet, sur les couvertures, ce titre exceptionnellement développé et précis (sic) :

CANTIQUE
DE
NOEL

paroles de
M. CAPPEAU, DE ROQUEMAURE,
mis en musique et composé expressément pour
Mme EMILY LAUREY
par son ami
ADOLPHE ADAM

Ainsi se trouve vérifié et confirmé le récit de M. Chans­roux.
P. Clauzel
Secrétaire perpétuel à l’Académie de Nîmes.

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Troisième version sur l'origine du "Minuit Chrétiens"
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Lien avec le site musimen.com sur Adolphe Adam > http://www.musimem.com/adam.htm
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